« Ces trucs qui ne me serviront jamais à rien… »

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Aussitôt étudié, déjà oublié. Tout ne paraît pas utile à l’école. Et pourtant, il faut en passer par là. Certaines matières devraient peut-être sauter des programmes…

« Ça sert à rien ! » Chaque jour, la phrase est prononcée dans les écoles du Royaume. Elle révèle un ras-le-bol. Elle pose surtout une question : celle de l’utilité. Ou mieux, la recherche de sens. Car l’élève d’aujourd’hui n’accepte plus de gober tout ce qu’on lui donne. Et regrette parfois de ne pas apprendre des « trucs vraiment utiles »…

Alors, que faire ? Chacun est invité à agir. Le pouvoir subsidiant, tout d’abord. Sa mission est claire : définir des programmes et contrôler leur respect. Alain Maingain, attaché au cabinet Simonet, reconnaît que certaines matières mériteraient davantage de place dans les cours. « Le premier enjeu de l’enseignement secondaire est de donner les clés de lecture du monde, explique Alain Maingain. En la matière, il serait intéressant d’initier davantage les élèves aux mécanismes économiques et psycho-sociaux. »

Vient le travail de l’enseignant. Qui doit respecter les programmes. « Il n’a pas le droit d’enseigner n’importe quoi, en fonction de ses passions personnelles par exemple », souligne Alain Maingain. Le prof est invité à se remettre en question, à rendre son enseignement actuel, concret, intéressant et… accessible ! « Il ne peut pas complexifier une matière, mener vers l’abstraction simplement dans un but de sélection », poursuit Maingain.

Enfin, il y a l’élève. Il peut râler, interpeller, s’interroger… Il est aussi invité à faire confiance… et à bosser. L’utilité d’une matière ne lui apparaît pas toujours clairement ? Elle n’est pas pour autant inexistante. Et puis, c’est un fait, certains « trucs » ne lui serviront jamais. Tant pis. Ou tant mieux. Un jour, il n’aura plus le temps de faire des choses inutiles. En attendant, qu’il en profite… et morde sur sa chique.

Vincent Delcorps

Inutile… ou pas ?


Le théorème de Pythagore

Le théorème de Pythagore est une formule de trigonométrie. Or, à l’ère des machines, la trigono ne sert plus à rien. Faut-il dès lors abandonner Pythagore ? Non, répond Luc de Brabandere, mathématicien et philosophe. « Il faut décréter qu’il y a des sciences mortes. Mais il faut continuer à les enseigner. D’abord pour des raisons culturelles : elles appartiennent au patrimoine de l’histoire et du monde. De plus, elles peuvent tout de même être utiles pour comprendre les mathématiques d’aujourd’hui. Tout comme le latin permet de mieux parler français. Enfin, la trigonométrie peut développer la créativité ! C’est bluffant de voir tout ce qui a été inventé sans les machines modernes… »

Les langues anciennes

Enseigner des langues mortes, ridicule, non ? « Elles sont anciennes, pas mortes », précise Catherine Baudry, professeur au Collège St-Michel. Sont-elles pour autant utiles ? « Elles ont une utilité… qui n’est pas immédiate, insiste l’enseignante. L’apprentissage de ces langues permet de développer l’esprit critique, la rigueur et la mémoire. Faire une version, par exemple, ça oblige à réfléchir, à analyser les différents éléments d’un problème. Un peu comme en maths… De plus, l’apprentissage des langues anciennes facilite l’apprentissage des langues modernes. Sans compter que le latin aide à mieux comprendre la langue française. »

La grammaire

Distinguer les propositions, apprendre les subordonnées, se farcir la liste des articles… Tandis que vous rêviez d’écrire, il vous fallait analyser. Aaaah, la grammaire pour la grammaire ! Bonne nouvelle : les temps ont changé… en théorie. « L’enseignement explicite de la grammaire n’est plus à l’ordre du jour depuis une dizaine d’années, nous explique Jean-Louis Dufays, professeur de didactique du français à l’UCL. Aujourd’hui, il importe d’apprendre les règles en réponse à des besoins et en lien avec des exercices. » Il reste qu’en Belgique, terre de Goosse et de Grevisse, certains profs n’ont pas encore perdu leurs (mauvaises) habitudes… Dufays est clair : « Les élèves doivent avant tout produire des textes ; la grammaire est une ressource à leur service. »

L’Antiquité

L’école prépare les élèves à devenir les acteurs de demain. Faut-il vraiment leur enseigner un passé depuis longtemps révolu ? Oui, estime Jean-Louis Jadoulle, professeur de didactique de l’Histoire à l’ULg. « L’histoire scolaire a pour objectif de former des citoyens. Or, être citoyen, c’est d’abord connaître les héritages qui ont façonné la « cité ». Plusieurs viennent de l’Antiquité, comme la démocratie ou la philosophie. De plus, l’Antiquité offre de nombreuses occasions de comprendre le présent par le passé. Enfin, être citoyen, c’est être capable de prendre distance critique par rapport au flot des informations et de discerner dans les événements, les étapes d’un processus, les moments de rupture, les continuités et les changements… Des compétences qui sont au cœur de la « pensée historique » que l’apprentissage de l’histoire permet de développer. »

V.D.

Osez la rencontre !